Nous partageons la fascination du corps pris dans une verticalité immense, dans l’ascension, l’envol, la chute ou l’enfoncement dans le sol. Les matières que nous choisissons, qu’il s’agisse d’un faisceau lumineux ou d’un immeuble de 30 étages, ne sont que des prétextes à donner à voir des corps happés par cette dimension verticale.
Notre danse a pour origine l’incapacité de voler ou de plonger dans le sol. Nous tentons par tous les moyens de créer ces mouvements impossibles. Par exemple, dans Traversée d’Ombres, nous avons donné l’illusion d’un corps qui s’enfonce dans le sol.
Le mouvement impossible, quand nous le trouvons, donne l’illusion que la scène est le lieu d’un dérèglement de la gravité. Le corps des danseurs est pris dans une spirale d’énergie ascendante, où le sol se déforme, ne résistant pas à leur poids. La danse de Retouramont commence au voisinage d’une matière. Le corps n’a pas la capacité de bouger par lui-même, il a besoin d’un appui extérieur, solide comme un mur ou virtuel comme un faisceau lumineux. Nous offrons alors l’image d’hommes intégrés à leur environnement qui entretiennent avec lui une relation indispensable. A ce moment, il n’y a plus un corps et une scénographie mais il s’opère une combustion des deux qui donne naissance à une image poétique du dérèglement de la gravité.
Geneviève Mazin et Fabrice Guillot |