Avec Les Lys brisés, son premier album – qui succédait au mini lp autoproduit Chansons -, Barbara Carlotti déployait en 2006 un majestueux nuancier de teintes ombrageuses, orgueilleuses, d’où émanait un spleen magnétique dont seules les Barbara semblent détenir le secret. Même les cancans moqueurs de Cannes, respiration insolente du disque – qui devint deux années durant le générique du Grand Journal de Canal + sur la Croisette - rappelaient cette euphorie plombée des romans de Sagan. Première, et à ce jour unique signature française du prestigieux label 4AD (Cocteau Twins, Pixies), Barbara Carlotti incarnait, vu d’ailleurs, de Londres à New York en passant par Montréal où ses concerts firent événement, le chic frenchy absolu de la jolie parisienne, à l’élégance légèrement distante.
Avec L’idéal, c’est donc un autre profil qu’elle dévoile, ostensiblement plus solaire, plus charmeur et joueur, sans rien abandonner de sa distinction naturelle, l’écriture sophistiquée et la voix capiteuse de Barbara Carlotti irriguant avec une égale majesté les mélodies d’automne et les airs balnéaires. Comme Brigitte Fontaine ou Katerine, qu’elle admire, elle sait que l’intensité et la frivolité ne sont en rien des sœurs ennemies, bien au contraire, et que tout repose sur cet équilibre de funambule que seul un fort tempérament – et un brin d’autodérision - permet d’atteindre. Aujourd’hui, comme l’indique l’un des titres les plus voluptueux du nouvel album, le moment est venu d’un Changement de saison. De sa Corse natale, elle cherchait donc cette fois à retrouver l’ardente et vivifiante inspiration climatique, l’indolence naturelle, la félicité estivale et ses plaisirs épicuriens. Autant de bonheurs éphémères mais inoubliables comme un grand vin, autant de moments de grâce qu’elle évoque d’entrée dans L’idéal, la chanson, qui pose le décor d’un album où la musique aussi s’est étoffée d’ambitions nouvelles. |